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...Chez Francky

201-4bis

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--- DEUXIÈME COURS SUR LES ÎLES  ---

 

Restons sur les revendications chinoises pour nous intéresser au "problème" de Taïwan. Lisez et analysez cet article du magasine Géo : https://www.geo.fr/geopolitique/trois-questions-pour-comprendre-lescalade-des-tensions-entre-la-chine-et-taiwan-211230

  • De quoi parle l’article ?
  • Quels sont les acteurs ?
  • Quels sont les enjeux géopolitiques du sujet ?
  • Quelles sont les particularités de l’insularité ici ?
  • Qu’est ce qu’il va se passer ?

 

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Autre problématique géopolitique souvent inhérente aux îles : les visées indépendantistes. Un exemple de possession française entre outre-mer : la Nouvelle-Calédonie

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Carte d’identité : La Nouvelle Calédonie est une collectivité française (pas un département !) dans le Pacifique Sud, au large du nord-est de l’Australie. Elle compte une multitude d’îles dont une grande, principale, la Grande Terre, qui s’étire sur près de 400 km de long, avec une chaine de montagnes centrale atteignant les 1 600 m d’altitude. Peuplée originellement par les mélanésiens, elle devient colonie française à partir de 1853. En dehors de la ZEE française, et de l’apport du tourisme, l’île est surtout « intéressante » parce que son sous-sol, sur Grande-Terre contient presque un tiers des réserves mondiales de nickel, représentant 30 à 40% du PIB de la Nouvelle Calédonie, métal très utilisé dans les aciers inoxydables avec une demande croissante de pays comme la Chine. Mais, ce petit miracle économique ne profite pas à toute la population et c’est bien un des critères des visées indépendantistes d’une partie de la population…

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Le problème géopolitique : D’un côté une population originelle, mélanésienne, pauvre, vivant essentiellement dans les régions nord, dans des réserves, les kanaks, et de l’autre des migrants blancs qui exploitent les ressources. En 1988, un groupe d’indépendantistes du FLNKS (Front de libération nationale kanak et socialiste) attaque une gendarmerie, prend en otage une quinzaine de gendarmes et se retranche dans une grotte sur l’île d’Ouvéa. En catastrophe, le gouvernement français (dont Jacques Chirac était le premier ministre de l’époque, mais Mitterrand le président, qui se représente, juste au moment des « évènements »…) envoie des troupes dont le GIGN et les parachutistes. L’assaut est donné qui se soldera par 19 morts de part et d’autre. Les conséquences seront multiples

  • Un profond traumatisme dans les populations calédoniennes
  • Une prise en compte beaucoup plus sérieuse de la représentation et des revendications des populations insulaires oubliées (Kanak)
  • Un engagement du gouvernement vers « l’autodétermination » de l’île. En 2018 et en 2020  les calédoniens répondent non à 56% à un référendum pour l’indépendance, l’île reste avec un statut de collectivité mais avec un gouvernement local et un troisième référendum est prévu en 2022…

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Et ailleurs ? Très très nombreuses sont les îles qui ont potentiellement et de manière plus ou moins virulente des visées indépendantistes. Nombreux sont ceux qui pensent que le fait d’être une terre entourée d’eau crée forcément un État susceptible d’être autonome. Mais aussi estimant être les habitants originels des îles (ce qui, dans le cas des Antilles par exemple est une hérésie : les noirs antillais sont, historiquement, tout autant des « émigrés » que les blancs. Les populations originelles d’indiens caraïbes a totalement disparu depuis des siècles !). La France, l’Italie, l’Espagne font face à des mouvements autonomistes voire indépendantistes plus ou moins bien implantés, violents, mais aussi insérés peu à peu dans le fonctionnement des structures démocratiques… ou pas !  Souvent, les revendications balancent entre une demande de plus forte autonomie et un renforcement de l’aide de la métropole. La vraie question est généralement celle de la viabilité économique : l’île ou l’archipel pourrait-il se « suffire à lui-même » ? Mais également la viabilité militaire par rapport à d’éventuels voisins belliqueux… . La Corse, la Guadeloupe pourraient-elles se passer de l’aide du grand frère français ? Les îles sont-elles les reliques laissées pour compte de l’empire colonial ou de vraies petits morceaux de pays ???

Et que dire des revendications qui se superposent aux autres revendications, ainsi pour les îles Shetlands qui envisagent de se séparer de l’Écosse, qui elle-même envisage de se séparer de la Grande-Bretagne pour revenir dans l’Union Européenne !!!

Mais tout n'est pas toujours sombre dans cette thématique, regardez ce superbe reportage d'Arte : "Bougainville, le prochain pays du monde" : https://www.arte.tv/fr/videos/126735-000-A/bougainville-le-prochain-pays-du-monde/

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Un bateau pour des naufragés : Lampedusa. Vous ne pouvez pas ne pas avoir entendu parler de Lampedusa !

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Carte d’identité : À peine une vingtaine de kilomètre de long, appartenant à la région sicilienne, la petite île de Lampedusa vivait tranquillement au large des côtes tunisiennes, de la pêche et surtout d’un tourisme florissant, pointe la plus au sud de l’Italie. Mais sur les plages, ce ne sont plus les touristes qui s’échouent, mais les migrants naufragés !

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Le problème géopolitique : En 2011, des dizaines de milliers de réfugiés débarquent sur les côtes de Lampedusa pour tenter de gagner l’Europe. Ils sont tunisiens et fuient la révolution de jasmin. Mais dès 1992, fuyant la Libye, les pays du Sahel, ou les zones économiques les plus pauvres d’Afrique sub-saharienne, les migrants cherchent à passer coûte que coûte en Europe. En 2013 on compte plus de 300 morts dans un naufrage et l’Europe regarde enfin la détresse des migrants mais également des populations italiennes locales, submergées par la responsabilité du recueil des migrants. En 2020 une nouvelle vague de migration submerge à nouveau les autorités locales, l’Italie refuse de prendre à sa seule charge l’accueil en Europe de ces populations, et même si l’île est juste une zone de transit, les populations locales vont jusqu’à tenter de  repousser les radeaux des migrants en mer pour les empêcher d’accoster. D’autres, toujours italiens natifs de l’île, se mobilisent au contraire pour venir en aide aux migrants, mais, aux frontières de la légalité !  C’est un drame humain interne et externe (et une honte pour nous, européens) qui se déroule dans ces jolies petites îles ensoleillées, anciens paradis du tourisme !!! Désormais, et devant des routes de plus en plus bloquées vers la Méditerranée, c’est vers l’Ouest et les îles Canaries via le Maroc que se développent de nouvelles routes de migrants, encore plus dangereuses…

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Et ailleurs ? Une île qui peut-être une étape plus « facile » pour accéder à un espace de refuge ou d’asile pour des migrants est systématiquement une base potentielle dans les flux migratoires. Si l’île malgré sa proximité avec le pays de départ est une extension potentielle de la zone économique et politique d’arrivée, alors les chances se multiplient. Partir du Maroc pour arriver aux Canaries, c’est accéder à l’Union Européenne. Partir des côtes turques pour rejoindre, à quelques kilomètres les îles de Lesbos ou du Dodécanèse, c’est entrer dans l’Union Européenne ! Sauf que c’est à double tranchant : une île peut être une bouée de sauvetage, mais aussi une prison ! Il peut être très difficile d’en sortir une fois entré ! L’Europe, cyniquement, considère que ces îles sont d’excellents « tampons » pour tempérer l’afflux de réfugiés sur le continent. Il arrive aussi que ces îles soient le seul refuge pour des populations fuyant la guerre ou la répression. Ainsi, en 1979, l’île de Pulau Bidong au large de la Malaisie est devenue tristement célèbre pour avoir accueilli par milliers les vietnamiens qui fuyaient le régime communiste sur un caillou d’à peine un km². Un nom est resté pour ces populations littéralement « échouées » : les boat-people et une partie de la communauté vietnamienne vivant aujourd’hui en France est issue de cette migration…

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Si vous avez envie de visiter l’archipel des Tuvalu dans le Pacifique, il ne faut pas tarder car dans quelques années, il n’existera plus, et c’est un fait majeur dans l’Histoire moderne de l’Humanité : des États entiers qui existent aujourd’hui ne vont pas changer de nom ou de frontière, non, ils vont purement et simplement disparaître !!!

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Carte d’identité : Cet archipel polynésien, constitué de 8 (d’où son nom « Tuvalu ») puis de 9 atolls dont le plus long fait 12 km de long, compte 11 000 habitants d’origine austronésienne ayant conquis ces régions du Pacifique plus de 1 000 ans avant J.-C.  Ancienne colonie anglaise, elle devient indépendante en 1978 mais toujours plus ou moins lié à la couronne britannique. Peu de pêche, très peu de tourisme, les Tuvalu n’ont d’autres ressources que de voir leur monde s’enfoncer dans la mer ! Juste une parenthèse amusante (enfin presque !) : une fortune inattendue est venue enrichir le petit archipel savez-vous laquelle ? De fait, l’État Tuvalu s’est vu attribuer l’extension .tv en 1995 pour les sites Internet. Chaque société qui veut créer un site avec une extension qui fait penser à une « télévision », .tv, doit payer un droit de quelques dizaines de dollars par an, et aujourd’hui au moins … 500 000 sites Internet utilisent cette extension !!!

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Le problème géopolitique : Vous l’avez compris, le problème géopolitique de Tuvalu est purement et simplement son existence et sa mort programmée ! Le réchauffement climatique mondial provoque la montée du niveau des eaux à l’échelle planétaire. Si, sur nos côtes ça se traduit par une érosion plus forte, des plages qui disparaissent, ou même pour des villes comme New York ou Bangkok des inondations plus fréquentes qui finiront tôt ou tard par obliger la population de ces villes soit à migrer vers l’intérieur du pays, soit à s’adapter par exemple en construisant sur l’eau, dans certaines zones du monde, c’est la subduction pure et simple du pays. Suivant les différentes sources et modèles, on a une montée des eaux mondiales (liée à la fonte des glaces et à la dilatation par réchauffement) de 50 cm à plus de 2 m d’ici la fin du siècle (certaines sources – discutables -  avancent même le chiffre effrayant de plus de 6 m !!!). Certaines îles dépassent à peine de 2 m, voir moins, du niveau des mers. Le calcul est rapide à faire et ces îles, donc ces pays, vont disparaitre.

C’est de la Science Fiction ? Entre 2007 et 2014 les îles de Kepidau, Nahlapenlohd, Laiap, Nahtik et Ros dans l’archipel des Salomon, îles habitées ont d’ores-et-déjà disparues, englouties ! Des îles États qui disparaissent, ce n’est plus un simple problème « écologique », c’est une économie, une population, une civilisation qui disparaissent et c’est hautement géopolitique ! On en est sûr désormais : dans les prochaines années, les plus grands flux de migrants et de réfugiés, les plus grands déplacements de population ne viendront pas de problèmes économiques ou de guerres, mais bien de problèmes climatiques !

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Et ailleurs ? On dénombre de très nombreuses îles et archipels qui vont disparaitre où être réduits à presque rien d’ici la fin du siècle à cause du réchauffement climatique et de la montée des eaux : toutes celles qui dépassent « à peine » au dessus des flots, essentiellement dans le Pacifique (soit les atolls coralliens) :

•Les îles Salomon
•Les Maldives
•Les Palaos
•La Micronésie
•Les Fidji
•Les Seychelles
•Kiribati
•Les îles Cook
•Une partie de la Polynésie française
•Les Marshall

Mais également dans les deltas très plats comme en Inde, au Bengladesh ou des îles côtières, souvent très fertiles, disparaissent presque à chaque nouvelle mousson…

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Dernier exemple et qui me servira de conclusion : le petit atoll du bout du monde : Clipperton !

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Carte d’identité : Seule possession française dans le Pacifique nord, l’histoire de Clipperton est révélatrice de la drôle d’attitude des États en général et de l’État français en particulier vis-à-vis des lambeaux de terres perdus dans les vastes océans… Il s’agit d’un atoll inhabité, complètement perdu au milieu du Pacifique (à plus de 1 000 km des côtes mexicaines !) que la France, les États-Unis et le Mexique revendiquent depuis plus de 100 ans. Il possède le seul lagon d’eau douce au monde, mais ça n’est pas pour cette raison que la France y maintient sa présence.

En aparté, voici la bien triste histoire des « naufragés de Clipperton » : Une garnison mexicaine s’installe sur l’île en 1907, pour la revendiquer, avec soldats, femmes et enfants, au total, une quinzaine de personnes. Mais il n’y a rien dans l’île à part des crabes et des oiseaux, des bateaux doivent donc ravitailler tous les 2 mois. Mais la révolution mexicaine arriva et tout le monde « oublie » la garnison de Clipperton. En 1915, il ne reste plus que 3 hommes. En 1917 le dernier homme, devenu fou, se proclame roi de l’île et fait vivre l’enfer à coups de viols et de brimades aux femmes et aux enfants survivants. Le 17 juillet les femmes, à bout,  l’assassinent à coups de marteau et… le 18 juillet un navire américain apparait à l’horizon pour venir les sauver !

En 1981, le commandant Cousteau y fait une première expédition révélant le caractère exceptionnel de la biodiversité de l’île. Et puis, en 2005, sous l’égide de Jean-Loup Étienne, explorateur scientifique, une nouvelle grosse expédition est menée, avec l’aide de l’armée française et depuis les expéditions scientifiques françaises se succèdent sur l’île…

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Le problème géopolitique : Techniquement, si on en revient à la définition d’une île d’après la convention de Montego Bay, la vie doit y être soutenable, c'est-à-dire que l'île doit présenter une capacité objective à se prêter à une activité économique ou à accueillir des habitations humaines, Clipperton n’est qu’un vulgaire caillou perdu au milieu du Pacifique, donc pas question pour la France de revendiquer une ZEE dans ce coin là… sauf si elle y multiplie sa présence d’une manière ou d’une autre, notamment en y faisant des études scientifiques poussées, périodiques et avec l’aide technique de la marine française. La France veut conserver un pied dans cette zone (probablement riche en nodules polymétalliques) et, même si aucune pêche française n’est faite, même s’il n’y a aucun risque de conflit armé, même si le lieu est situé loin des routes maritimes et du trafic commercial, garder un œil aux quatre coins de la planète, même « scientifique » est toujours intéressant pour un État qui veut rester dans la course à la stratégie géopolitique mondiale…

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Conclusion : Et partout ! Alors la question à se poser, au regard de tous ces exemples que nous venons de voir, est simple : en quoi une île, fusse-t-elle un bout de caillou inhabité à l’autre bout du monde est toujours intéressante à « avoir sous la main » si ce n’est pas pour maintenant, ça le sera peut-être pour plus tard.

Pourquoi le Danemark garde le Groenland ? Pourquoi Argentins et Anglais se sont-ils battus aux Malouines ? Pourquoi même sur des lacs comme le Victoria en Afrique de l’Est des peuples sont prêts à s’entretuer pour un bout de caillou comme à Migingo ?

Récemment encore, posez-vous la question de "pourquoi Mayotte est devenu département français ?" Allez voir le Dessous des Cartes "Mayotte : l'outre-mer à l'épreuve"

Pour des ressources halieutiques ou géologiques, pour marquer sa présence, pour clamer son identité, pour surveiller les autres… pour garder des cartes dans son jeu de la géopolitique mondiale.

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Bibliographie : Si le sujet des îles vous intéresse, je ne saurais trop vous conseiller quelques bouquins :

-Géopolitique des îles – Marie REDON – Ed. Cavalier Bleu - 2019
-Le hors-série du Monde : Géopolitique des îles en 40 cartes - 2019
-Atlas des îles abandonnées – Judith Schalansky – Arthaud – 2010
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Et puis aussi… de revoir Peter Pan et son île du Pays imaginaire…

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